TL;DR
La hijama est présentée dans plusieurs hadiths authentiques comme l’un des meilleurs remèdes transmis par la Sunna, à côté du miel et de la cautérisation. Les bienfaits rapportés couvrent le corps (douleurs, circulation, « purification du sang ») et le cœur (acte d’obéissance, sagesse du Prophète ﷺ).
La science actuelle confirme un effet réel sur certaines douleurs chroniques, mais avec un niveau de preuve encore limité selon les revues scientifiques. Et surtout : la hijama ne remplace jamais un traitement médical, rappel que tous les savants classiques font eux-mêmes.
Le mot « hijama » vient de la racine arabe hajm, qui évoque l’idée de succion — le même terme est employé dans la langue arabe classique pour désigner un nourrisson tétant le sein de sa mère. Cette racine a donné son nom à la pratique bien avant l’islam : on en trouve une trace dans la poésie préislamique, notamment dans la Mu’allaqa de Zuhayr ibn Abi Sulma, qui évoque déjà la « mihjama » (l’instrument de la ventouse). L’islam n’a donc pas inventé la hijama, mais il en a confirmé et encadré la pratique.
Sommaire
- Que disent les hadiths sur les bienfaits de la hijama ?
- Les deux types de hijama et leur fréquence
- Les bienfaits physiques rapportés par la tradition
- Les bienfaits spirituels et symboliques
- Ce que dit la science actuelle sur la hijama
- Précautions et contre-indications à connaître
- La hijama n’est pas un substitut à la médecine moderne
- Questions fréquentes
- Sources
Que disent les hadiths sur les bienfaits de la hijama ?
Un hadith authentique, rapporté par Oussama Ibn Charik, situe cette recommandation dans son contexte : des bédouins interrogent directement le Prophète ﷺ pour savoir s’il y a un mal à se soigner. Il leur répond :
« Soignez-vous, ô serviteurs d’Allah ! Car certes Allah n’a pas mis une maladie sans qu’Il n’ait mis avec elle une guérison, sauf pour la vieillesse. » (Sunan Ibn Majah n°3436, authentifié par Cheikh Al-Albani dans Sahih Ibn Majah)
Un autre hadith, rapporté par Ibn Abbas, place la hijama parmi les trois meilleurs traitements connus du Prophète ﷺ :
« La guérison se trouve dans trois choses : l’incision de celui qui fait la hijama, une gorgée de miel, ou une cautérisation par le feu — et j’interdis à ma communauté la cautérisation. » (Sahih Al-Bukhari n°5681)
Une variante de ce même hadith, rapportée par Jabir ibn Abdillah, précise : « je n’aime pas me cautériser » plutôt qu’une interdiction formelle (Sahih Al-Bukhari n°5683, Sahih Muslim n°2205) — une nuance que les savants expliquent par le fait que la cautérisation reste permise en cas de réelle nécessité.
Un troisième hadith, rapporté par Abou Houraira, va plus loin en désignant la hijama comme le meilleur des remèdes disponibles : « S’il y a un bien dans les choses par lesquelles vous vous soignez, c’est dans la hijama » (Sunan Ibn Majah n°3476, authentifié par Cheikh Al-Albani). Cette formulation renforce la place particulière qu’occupe la hijama parmi l’ensemble des remèdes mentionnés dans la Sunna.
On trouve aussi des indications plus précises dans la tradition : le Prophète ﷺ aurait recommandé de pratiquer la hijama certains jours du mois lunaire — le 17, le 19 et le 21 — selon un hadith rapporté par Abou Houraira (Sunan Abi Dawud n°3861). Ces détails, transmis par différents compagnons, ont donné naissance à des habitudes encore suivies aujourd’hui par de nombreux pratiquants.
Il faut cependant rester prudent avec l’interprétation : les savants insistent sur le fait que ces jours ne sont pas une obligation religieuse stricte, mais une recommandation rapportée dans un contexte précis. Rien n’empêche de pratiquer la hijama un autre jour si le besoin médical s’en fait sentir.
Une anecdote rapportée par Samura ibn Jundab illustre bien la place de cette pratique dans le quotidien des Compagnons. Un homme de la tribu de Fazara, entrant chez le Prophète ﷺ pendant qu’on lui pratiquait une hijama, s’inquiète en voyant l’incision : « Ô Messager d’Allah, pourquoi laisses-tu cet homme couper ta peau ainsi ? » Le Prophète ﷺ lui répond simplement : « C’est la hijama. » L’homme, qui n’en avait jamais entendu parler, demande ce que c’est, et le Prophète ﷺ précise : « C’est l’une des meilleures choses par lesquelles les gens se soignent. » (rapporté par Ahmad, isnad sahih selon Shu’ayb Al-Arna’ut)
Un autre point souvent mal compris concerne la formule « guérison pour tout mal » : les savants précisent qu’elle se rapporte spécifiquement aux affections liées au sang. Un hadith rapporté par Anas ibn Malik éclaire cette nuance : « Si le sang s’agite chez l’un de vous, qu’il pratique la hijama, car le sang, s’il s’échauffe chez son possesseur, peut le tuer » (authentifié par Cheikh Al-Albani dans As-Silsila As-Sahiha). C’est cette dimension — l’excès ou l’échauffement du sang — qui explique la portée du « tout mal » évoqué ailleurs, plutôt qu’une guérison universelle au sens large.
Les deux types de hijama et leur fréquence
Les praticiens distinguent généralement deux usages de la hijama, une distinction pratique plutôt qu’une catégorisation issue directement des textes :
- La hijama curative, pratiquée en réponse à un mal précis (douleur, tension, trouble ponctuel). Elle peut se faire à tout moment de l’année, à toute heure du jour ou de la nuit, sans lien avec un jour particulier du mois lunaire. Les praticiens recommandent généralement d’observer un jeûne alimentaire d’environ 3 heures avant la séance (l’eau reste autorisée).
- La hijama préventive, pratiquée pour préserver la santé plutôt que pour traiter un mal identifié. C’est elle qui est associée aux jours du 17, 19 et 21 du mois lunaire mentionnés plus haut (Sunan Abi Dawud n°3861) — une recommandation qu’Ibn Qayyim al-Jawziyya rattache à un principe de précaution plutôt qu’à une obligation stricte.
Sur la fréquence, il n’existe pas de règle religieuse fixe : elle relève de l’avis des praticiens et de l’état de santé de chacun. À titre indicatif, une hijama curative peut être répétée chaque mois en cas de besoin (douleur chronique suivie par un praticien), tandis qu’une hijama préventive se pratiquait traditionnellement une fois par an — un rythme que certains praticiens contemporains ajustent à deux fois par an, en tenant compte de facteurs modernes (pollution, alimentation transformée). Ces recommandations de fréquence relèvent de l’expérience des praticiens, pas d’un texte religieux prescriptif : le bon rythme pour une personne donnée reste une question à évoquer avec un professionnel formé, surtout en cas de pathologie chronique.
Les bienfaits physiques rapportés par la tradition
Dans les textes classiques, en particulier chez Ibn Qayyim al-Jawziyya dans At-Tibb an-Nabawi, la hijama est décrite comme un moyen d’évacuer ce que la tradition appelle le « sang impur » ou le « sang vicié », responsable selon cette conception de divers maux.
Les bienfaits physiques historiquement associés à la pratique :
- Soulagement des maux de tête et migraines, notamment via la hijama posée sur la nuque.
- Détente musculaire et soulagement des douleurs dorsales ou cervicales.
- Amélioration ressentie de la circulation sanguine locale.
- Effet dépuratif général, dans une logique de « nettoyage » du corps.
Ces effets sont rapportés dans la tradition et confirmés empiriquement par de nombreux praticiens et patients aujourd’hui, mais il faut distinguer ce ressenti individuel d’une preuve scientifique formelle — un point qu’on détaille juste après.
Les bienfaits spirituels et symboliques
Au-delà du corps, la hijama occupe une place particulière dans la Sunna parce que le Prophète ﷺ lui-même y a eu recours et l’a recommandée. Pour un pratiquant musulman, la démarche prend alors une dimension d’obéissance et de suivi d’un exemple prophétique (sunna), pas uniquement une technique de bien-être.
Certains commentateurs y voient aussi un rappel d’humilité : accepter de « faire sortir » quelque chose de son corps, dans un cadre codifié, comme une image de la purification spirituelle. Cette lecture reste toutefois d’ordre symbolique et personnelle — elle ne fait pas l’objet d’un hadith explicite, contrairement aux bienfaits physiques cités plus haut.
Ce que dit la science actuelle sur la hijama
C’est la question que se posent légitimement beaucoup de pratiquants : est-ce que la recherche confirme ces bienfaits ?
La réponse est nuancée. Plusieurs revues systématiques publiées sur PubMed et dans des bases comme PMC (PubMed Central) montrent :
- Une efficacité documentée sur certaines douleurs chroniques : la « wet cupping » (hijama humide, avec incision) montrerait une réduction significative de la fréquence et de l’intensité des migraines dans certaines études, ainsi qu’un effet positif sur les douleurs cervicales, lombaires et le syndrome du canal carpien.
- Une efficacité faible ou non démontrée sur d’autres terrains, notamment l’arthrose du genou, où plusieurs méta-analyses concluent à un niveau de preuve insuffisant.
- Un manque global d’essais cliniques de bonne qualité : la majorité des chercheurs qui ont publié sur le sujet demandent davantage d’essais randomisés à grande échelle avant de tirer des conclusions fermes.
- Un profil de sécurité globalement bon quand elle est pratiquée dans de bonnes conditions d’hygiène, avec peu d’effets secondaires graves rapportés dans les études encadrées.
En clair : la hijama a un effet réel sur certaines douleurs, documenté par la recherche, mais elle reste classée comme médecine complémentaire, pas comme traitement de première ligne validé pour la majorité des pathologies.
Précautions et contre-indications à connaître
Avant toute séance, certaines situations imposent la prudence, voire l’abstention totale :
- Femmes enceintes, en particulier au premier trimestre et sur la zone abdominale ou lombaire.
- Enfants en bas âge (la plupart des praticiens sérieux refusent avant 10 ans).
- Troubles de la coagulation ou traitement anticoagulant en cours.
- Peau lésée, infection cutanée active, ou fièvre.
- Maladies graves non stabilisées : cancer sous traitement, insuffisance cardiaque, diabète déséquilibré.
- Personnes immunodéprimées.
Le risque principal reste l’infection, en cas de matériel non stérile ou de mauvaise hygiène du praticien : transmission de bactéries, voire de virus si des lames ou ventouses sont réutilisées sans désinfection correcte. C’est la raison pour laquelle le choix du praticien compte au moins autant que la pratique elle-même — un sujet qu’on développe dans notre article dédié à la formation en hijama.
Un point que certains ignorent : rémunérer un praticien de hijama est parfaitement licite. Ibn Abbas rapporte que le Prophète ﷺ, après s’être fait poser une hijama, a réglé au praticien un mudd et demi (une unité de mesure ancienne) pour son service (Sahih Al-Bukhari n°2278, Sahih Muslim n°1202). La hijama n’est donc pas un acte qui devrait être gratuit par principe religieux — un professionnel formé mérite d’être rémunéré pour son travail, au même titre que tout autre soignant.
La hijama n’est pas un substitut à la médecine moderne
C’est le point que les savants eux-mêmes n’ont jamais cessé de rappeler, à commencer par Ibn Qayyim al-Jawziyya : le hadith sur la hijama « remède pour tous les maux » s’inscrit dans une logique de foi et d’encouragement au soin, pas comme une alternative aux traitements médicaux existants.
Concrètement :
- Une maladie chronique, un cancer, un trouble cardiaque ou tout symptôme sérieux doivent d’abord passer par un avis médical.
- La hijama peut s’envisager en complément, jamais en remplacement d’un suivi ou d’un traitement prescrit.
- Arrêter un traitement au profit de la seule hijama, sur la base d’une interprétation littérale des hadiths, va à l’encontre de l’avis des savants classiques et contemporains.
Cette pratique s’inscrit plus largement dans le cadre de la médecine prophétique, dont les principes généraux — remèdes naturels, spirituels et physiques combinés — sont détaillés dans notre article de référence sur le sujet.
Questions fréquentes
Quels sont les bienfaits prouvés de la hijama ?
Les études scientifiques disponibles montrent un effet documenté sur certaines douleurs (migraines, cervicalgies, lombalgies), avec un niveau de preuve encore jugé faible à modéré selon les revues systématiques les plus récentes.
La hijama guérit-elle vraiment « tous les maux » comme le dit le hadith ?
Les savants interprètent ce hadith dans un sens général et spirituel, pas comme une garantie médicale littérale. Aucun praticien sérieux ne présente la hijama comme un remède universel au sens clinique.
Peut-on faire une hijama en étant enceinte ?
Non, sauf avis médical contraire : la grossesse, en particulier le premier trimestre et la zone abdominale, fait partie des contre-indications largement admises.
Faut-il arrêter un traitement médical pour privilégier la hijama ?
Non, jamais. La hijama s’envisage en complément d’un suivi médical, jamais en substitution, y compris pour les maladies graves.
Certains disent que la hijama ne sert à rien, qu’en est-il vraiment ?
Ni totalement vrai, ni totalement faux : les preuves scientifiques sont solides sur certaines douleurs (migraines, cervicalgies, lombalgies) mais quasi inexistantes sur d’autres terrains (arthrose, par exemple). Le bon réflexe est de rester sur ce que montrent réellement les études plutôt que sur une affirmation générale dans un sens ou dans l’autre.
Combien de fois peut-on faire une hijama en toute sécurité ?
Il n’existe pas de limite fixée religieusement. À titre indicatif, une fréquence mensuelle est parfois pratiquée en cas de suivi thérapeutique d’un mal chronique, tandis qu’un usage préventif se limite en général à une ou deux fois par an. Un praticien formé reste le mieux placé pour évaluer la fréquence adaptée à chaque situation, notamment en cas de pathologie ou de traitement en cours.
Est-il normal de se sentir mal après une séance ?
Une légère fatigue, une sensation de froid ou un étourdissement passager sont parfois rapportés après une hijama, notamment liés à la perte de sang, même minime, occasionnée par l’incision. Ces sensations sont généralement transitoires et s’estompent en quelques heures. En revanche, un malaise important, des vertiges sévères ou tout symptôme inhabituel doivent être signalés sans attendre au praticien, et si besoin à un professionnel de santé.
Sources
- Hadith « Soignez-vous, ô serviteurs d’Allah » : Sunan Ibn Majah n°3436, authentifié par Cheikh Al-Albani
- Hadith des trois remèdes : Sahih Al-Bukhari n°5681 (Ibn Abbas) ; variante Sahih Al-Bukhari n°5683 / Sahih Muslim n°2205 (Jabir ibn Abdillah)
- Hadith sur la supériorité de la hijama : Sunan Ibn Majah n°3476, authentifié par Cheikh Al-Albani (Abou Houraira)
- Hadith sur les jours recommandés (17, 19, 21) : Sunan Abi Dawud n°3861 (Abou Houraira)
- Anecdote du bédouin de Fazara : rapportée par Ahmad, isnad sahih selon Shu’ayb Al-Arna’ut (Samura ibn Jundab)
- Hadith sur le sang qui s’échauffe : authentifié par Cheikh Al-Albani dans As-Silsila As-Sahiha n°2747 (Anas ibn Malik)
- Hadith sur la rémunération du praticien : Sahih Al-Bukhari n°2278, Sahih Muslim n°1202 (Ibn Abbas)
- PubMed Central (PMC) — Hijama (cupping): a review of the evidence
- National Center for Biotechnology Information — Cupping Therapy, StatPearls
- Le Journal des Femmes Santé — Hijama : principe, bienfaits, points, dangers
→ Pour tout comprendre sur cette pratique dans son ensemble, retrouvez notre article Qu’est-ce que la médecine prophétique ?
Cet article a été rédigé par Siham B., rédactrice spécialisée dans les contenus liés à la culture et aux pratiques islamiques, avec une expertise en rédaction web et référencement naturel (SEO). Chaque article de ce blog s’appuie sur des sources authentifiées — hadiths vérifiés dans les recueils de référence (Sahih Al-Bukhari, Sahih Muslim) et ouvrages classiques (Ibn Qayyim al-Jawziyya) — dans une démarche de rigueur et de transparence.
Ce blog ne remplace pas l’avis d’un savant religieux ou d’un professionnel de santé. En cas de doute sur une pratique ou un traitement, consultez une personne qualifiée.